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La
mare aux fées
Je
me souviens bien de cette mare. J'y allais souvent étant
enfant, avec mes parents et grands-parents. Et je me disais qu'il
devait y avoir des fées près de cette mare pour qu'elle
ait été ainsi appelée.
Pourtant,
je n'en voyais jamais aucune.
J'ai
souvent demandé pourquoi, mais à chaque fois j'obtenais
la même réponse :
"Ce
n'est qu'un nom", me disait-on, "Ce n'est qu'un nom"
!
Mais
pour moi, un nom comme ça n'avait pas pu être choisi
au hasard ! Il devait forcément signifier quelque chose.
Or, que pouvait-il signifier sinon que des fées y vivaient
?
Je
me suis donc décidée un jour à éclaircir
seule cette énigme.
Je
sortis de chez moi un soir tard, et me dirigeais vers la mare.
J'avais
auparavant noté le chemin qui y menait, la dernière
fois qu'on avait été s'y promener.
Je
retrouvais facilement, et heureusement, ce n'était pas très
loin de chez moi… J'y arrivais donc un peu avant minuit.
Je
m'accroupis derrière les hautes herbes et les arbres bordant
la mare, ne souhaitant pas être venue pour rien et ne voulant
surtout pas effrayer les fées. Je m'en serais voulue qu'elles
restent cachées à cause de ma venue !
C'est
alors que je vis s'élever dans les airs des centaines de
petites lumières !
J'étais
émerveillée ! Et aussitôt me suis levée
pour aller danser au milieu de toutes ces fées !
Je
dansais ainsi toute la nuit au milieu d'elles.
Mais
alors que le jour allait se lever, je remarquais que les petites
lueurs commençaient à tomber. L'une après l'autre,
elles s'éteignaient.
Mes
petites fées étaient toutes en train de mourir !
Je
ne savais que faire et je courais d'une lueur à l'autre,
jusqu'au moment ou la dernière eut disparut dans mes petites
mains tremblantes.
Alors
que je rentrais lentement chez moi, je réfléchissais
à ce qui avait bien pu se passer pour que la nuit qui avait
si bien commencé se termine dans une telle horreur.
Et
je ne trouvais qu'une seule réponse possible.
C'est
moi qui avais fait mourir ces pauvres fées ! C'était
moi, ou ma qualité d'humaine, peu importe, mais c'était
à cause de ma présence que les fées étaient
mortes ! J'avais du apporter avec moi sans le savoir une maladie
quelconque… une maladie humaine… et les fées avaient été
contaminées.
Voilà
pourquoi habituellement les fées se cachaient. Elles nous
évitaient, elles évitaient les humains car nous ne
pouvions rien leur apporter de bien. Nous n'étions que synonymes
de mort pour elles.
J'arrivais
en pleurant chez moi, et mes parents furent bien étonnés
de me voir dehors alors qu'ils me croyaient encore couchée.
Ils me grondèrent lorsqu'ils apprirent que j'étais
partie toute la nuit. Mais bientôt, voyant ma détresse,
ils arrêtèrent et me dirent gentiment d'aller me coucher,
que je devais en avoir besoin.
Effectivement,
j'étais épuisée et je m'endormis aussitôt.
Mais
le lendemain, il a tout de même fallut m'expliquer. Ce que
je fis sans me faire prier. J'expliquais que j'avais vu les fées,
et que ce n'était pas vrai qu'elles n'existaient pas.
Ils
se sont alors mis à rire, et à leur tour ils m'expliquèrent
que ce que j'avais vu n'étaient que des lucioles. Et que
les lucioles ne vivaient qu'une nuit, qu'il était donc tout
à fait normal qu'elles soient toutes mortes, et que ce n'était
absolument pas de ma faute !
Je
rougis et je retournais toute penaude dans ma chambre, me promettant
de cesser à partir de ce jour d'être aussi naïve.
Et
puis aujourd'hui, c'est à mon tour d'emmener mes enfants
contempler la mare aux fées. Je suis heureuse et eux aussi,
ils jouent à se poursuivre autour de la mare ou à
regarder bouche bée les têtards.
Je
ris avec eux, et alors que la fin de la journée approche
et qu'il va nous falloir rentrer, j'entends ma fille me demander
:
"Dis
maman, pourquoi ça s'appelle la mare aux fées ? C'est
parce qu'il y a des fées qui habitent ici, hein ?"
Alors
brusquement, tout me revint en mémoire, et je me revis telle
que j'étais petite fille
dans
le regard interrogateur de ma fille.
C'est
à ce moment là que je compris que j'avais eu raison
étant enfant. Ce sont bien les humains qui tuent les fées.
Seulement pas de la façon que je le croyais… mais tout simplement
en les expliquant et en les oubliant.
Alors
je fis mon plus beau sourire à ma fille et lui répondis
:
"Oui
tout à fait ma chérie ! Elles nous restent invisibles
en journée, mais la nuit elles se mettent à briller
!
La
prochaine fois, nous viendrons le soir pour pouvoir les voir !"
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