|
Magor

Il
y avait au temps jadis, dans un labyrinthe fait de haies verdoyantes
et d'allées
de pavés, un enchanteur du nom de Magor. Les innombrables
chemins de ce
labyrinthe, s'enchevêtraient à l'infini, certains mennant
à de petits villages.
C'était dans l'un d'eux que vivait l'enchanteur.
Magor
était un sorcier très curieux qui n'avait jamais daigné
couper sa longue
barbe blanche. Il était vêtu d'une robe bleue foncée
et portait un chapeau
de même couleur, parsemé d'étoiles dorées.
Un
matin, alors que le magicien se baladait dans le labyrinthe, il
aperçut une
bille rouge violacée, la saisit et aussitôt, elle se
mit à parler:
-
Nul
n'a le droit de me prendre, j'appartient au seigneur des billes.
Magor
sursauta, puis la bille continua :
-
Si
tu ne me ramènes chez le roi, tu connaîtras le pire.
-
Mais
je ne sais guère où se trouve le château ! Protesta
l'enchanteur.
-
Tu
as trois jours pour le trouver, répondit-elle.
Cette
nuit là, la lune éclairait parfaitement le ciel et
Magor décida de retrouver
le seigneur des billes. Il enfila ses belletillons, des chaussures
très
confortables à boucles d'argent, et s'empara de la bille.
L'enchanteur
s'était procuré ses belletillons il y avait bien longtemps
dans
un bazard à sorcellerie, c'était la dernière
paire. Ce n'était pas des chaussures
ordinaires, car elles avaient le pouvoir de se transformer en objets
inimaginables. De plus, elles permettaient de marcher des jours entiers
sans
avoir mal aux pieds.
C'est
ainsi que Magor marcha longtemps, avant de s'arrêter auprès
d'une fontaine
de pierres bleues pour y remplir sa gourde. Lorsqu'il se remit en
route
un gnome surgit de nulle part :
-
Je
sais ce que tu cherches, tu vas au château du seigneur des
billes !
-
C'est
ça, répondit le sorcier, mais que veux-tu ?
-
Hier
soir, j'ai découvert un coffret et je ne parviens pas l'ouvrir,
aide-moi
et je t'indiquerais le chemin à suivre, expliqua le gnome
en sortant de
son chapeau pourpre un petit coffret marron à la serrure
d'or.
L'enchanteur
déchaussa ses belletillons et les déposa devant le
coffret.
Elles murmurèrent "épingles à cheveux"
et se transformèrent. Magor en
saisit une et ouvrit le petit coffre sans aucun mal.
Il
en sortit une merveilleuse pierre, un quartz rose. Pour le remercier,
le gnome
tendit au magicien une fléchette qui tournoyait. S'arrêtant,
elle indiqua
le chemin : une allées de pavés où de chaque
côtés il y avait de hautes
haies remplies de baies.
-
Méfie-toi
de ces fruits rouges... prévint le gnome avant de disparaître..
L'enchanteur
le remercia et s'empressa de rechausser ses belletillons.
Après
une heure de marche, le soleil se leva et Magor se retrouva devant
un
mur de pierre, où il y avait trois portes de bois.
-
Laquelle
choisir ? Se demandait l'enchanteur.
Il
entendit derrière lui de petit rires excités, il se
retourna et vit un
greemlins. La créature était petite, portait une longue
robe noire et orange
et sautillait dans tous les coins.
-
Hi,
hi, hi, moi je connais la porte que tu dois ouvrir, mais je ne peux
pas
te
le dire, hi, hi, hi, dit-il d'un air narquois.
-
Je
t'en prie, aide moi, supplia le sorcier.
-
Bon,
bon, très bien, hi, hi, hi, accepta la créature, mais
en échange je
veux
une rose rouge, car je ne suis pas assez grand.
L'enchanteur
lança ses belletillons en l'air. Elles murmurèrent
"Sécateur" et
en retombant, elles découpèrent une des superbes roses
rouges.
-
Hi,
hi, hi, c'est la porte de bois noire ornée de fleurs rouges.
-
Merci
beaucoup, répondit Magor.
Le
magicien ouvrit la porte et soudain deux mains sortis du mur le
poussèrent
en avant dans un brand vide. Longtemps et à toute vitesse,
l'enchanteur
tomba. Ses belletillons prirent la forme de coussins, pour amortir
sa chute. Magor atterrit enfin, dans une pièce étroite,
très haute, éclairée
par sept flambeaux avec deux minuscules fenêtres.
-
Le
greemlins m'a menti pensa le magicien, je suis perdu.
Il
aperçut une trappe, mais ne parvint pas à l'ouvrir.
Ses belletillons se transformèrent
en un long et fin morceau de fer, malheureusement ce fut inutile.
Tout
à coup, un des murs se sépara en deux et les pierres
basculèrent sur les
côtés laissant libre passage à une magnifique
licorne.
-
Monte
sur mon dos, dit-elle, je vais t'aider à t'échapper.
Il
traversèrent un couloir sombre, puis arrivèrent devant
un cours d'eau.
Les rayons du soleil miroitaient dans l'eau claire, les poissons
qui sautillaient
à travers les flots agités étaient parés
d'écailles argentées.
-
C'est
le pont des fées, expliqua la licorne lorsqu'ils franchirent
une arche de
roches roses, autrefois, il y avait beaucoup de fées et de
farfadets, mais ils
ont disparu, on ne sait pourquoi.
-
Connais-tu
le chemin qui mène au château ? Demanda le cavalier.
-
Oui,
veux-tu que je t'accompagne ? Proposa la licorne.
L'enchanteur
fut ravi et ils reprirent le chemin pour s'arrêter un
peu plus
loin près d'une fontaine, se désaltérer, manger
un peu et y passer la nuit.
Le
lendemain, à l'aube, le sorcier et l'animal ne perdirent
pas une minute et
galopèrent jusqu'à un chemin de ronces tranchantes.
Magor réclama une fois encore
l'aide de ses belletillons qui se transformèrent après
avoir murmuré "épée".
Sur la licorne, l'objets magique à la main, l'enchanteur
traversa la route
tranchante et arriva enfin devant le château.
Il
était immense et avait des fenêtres garnies d'or et
de billes. Magor ouvrit
la gigantesque porte de bois, ce qui provoqua un bruit assourdissant.
A l'intérieur, il y avait des billes partout... Des
nacrées étaient
incrustées dans le sol et les murs, des colorées constituaient
des coupes
de feu, et des argentées formaient des stalactites.
Les
deux amis avancèrent jusqu'au trône en regardant l'extraordinaire
palais.
Une couronne de billes dorées dépassait du siège
qui pivota.
-
Que
voulez-vous ? Fit le seigneur des billes.
Il
était de taille moyenne, ses cheveux d'or, longs, étaient
lisses et légèrement ébouriffés dans le bas. Il était coiffé
de sa couronne un peu penchée
vers la droite, vêtu d'une large robe violette et d'une cape noire pailletée
de mauve.
Le
magicien sortit de sa poche la bille enchantée et la montra
au roi.
-
Ho !
S'exclama celui-ci, tu as retrouvé mon porte-bonheur.
Le
roi saisit l'objet et l'embrassa. Soudain, des jets de couleur en
jaillirent.
-
Qu'on
leurs offre les écharpes de lune et soleil, ordonna le seigneur
des
billes.
Peu
après, deux petites fées vêtues de mauve, s'approchèrent
des visiteurs.
Elles
entourèrent leur cou d'une écharpe bleue incrustée
de billes formant
chez
la licorne un soleil et chez l'enchanteur une lune.
-
Merci
encore, fit le roi des billes.
En
un éclair, Magor et le superbe animal furent chez eux leur
écharpe au
cou...
Marie
R.
|